Trafic d’armes en Haïti : la Floride, un carrefour clé de l’approvisionnement des gangs

Le trafic d’armes et de munitions continue d’alimenter la spirale de violence en Haïti, facilitant l’expansion des gangs criminels qui terrorisent la population. Selon William O’Neill, expert indépendant des Nations Unies en droits de l’homme sur Haïti, l’une des solutions les plus efficaces pour démanteler ces groupes armés serait de couper leur approvisionnement en armes, en particulier en munitions.
Une prolifération inquiétante des armes illégales
Lors d’une conférence de presse cette semaine, O’Neill a souligné un fait crucial : « Il n’existe aucune fabrique d’armes ou de balles en Haïti. » Pourtant, le pays est inondé d’armes à feu, notamment des fusils d’assaut et des pistolets semi-automatiques, qui tombent régulièrement entre les mains des gangs. D’où viennent-elles ? Principalement des États-Unis, et plus précisément de la Floride, un État qui représente une plaque tournante du trafic illicite d’armes vers les Caraïbes.
Les États-Unis, la République dominicaine et Haïti sont tous concernés par cette problématique. O’Neill insiste sur l’urgence d’une coopération régionale renforcée pour enrayer cette menace : « Les Haïtiens doivent évidemment faire plus de leur côté. Les Dominicains doivent en faire davantage de leur côté. Et nous, aux États-Unis, devons en faire bien plus, car une grande partie des armes qui arrivent via ou à travers la République dominicaine proviennent de Floride ou d’autres endroits aux États-Unis.»
Des chiffres alarmants
Les données confirment cette réalité. Selon le Bureau de l’industrie et de la sécurité du département du Commerce américain, environ 50 % des enquêtes sur l’exportation illégale d’armes à feu depuis les États-Unis concernent la région des Caraïbes depuis l’an 2000. Un rapport de 2024 du Bureau de l’alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF) révèle également que plus de la moitié des armes utilisées dans des crimes dans les Caraïbes entre 2017 et 2021 provenaient de vendeurs d’armes agréés en Floride.
Cette situation souligne l’ampleur du défi auquel font face les autorités haïtiennes, qui peinent à lutter contre des gangs lourdement armés et mieux équipés que la police nationale. Faute de ressources suffisantes, les forces de l’ordre haïtiennes sont dépassées par la violence, et la population en subit les conséquences dramatiques.
Des efforts encore insuffisants
Face à cette crise, plusieurs mesures ont été mises en place pour tenter de freiner l’afflux d’armes en Haïti. Les États-Unis ont renforcé certaines régulations sur l’exportation d’armes, et les autorités dominicaines affirment avoir intensifié la surveillance aux frontières. Cependant, ces efforts restent largement insuffisants au regard de l’ampleur du trafic.
En Haïti, les gangs continuent de renforcer leur emprise sur des quartiers entiers, imposant leur loi et multipliant les actes de violence contre la population civile. Tant que les armes et les munitions continueront d’affluer, les perspectives de stabilisation du pays resteront minces.
La communauté internationale, les gouvernements régionaux et les autorités locales devront conjuguer leurs efforts de manière plus efficace s’ils veulent espérer enrayer cette crise sécuritaire. En attendant, la population haïtienne demeure prise au piège d’une violence alimentée par des armes venues d’ailleurs.