Haïti au bord de la famine : l’ONU alerte et réclame une aide d’urgence de 46 millions de dollars

Haïti traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire récente. Face à une insécurité alimentaire galopante, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU a lancé un appel urgent de 46 millions de dollars pour les six prochains mois. L’objectif : empêcher que des milliers de personnes sombrent dans la famine.
Le constat dressé par Lola Castro, directrice régionale du PAM pour l’Amérique latine et les Caraïbes, est alarmant. Lors d’une conférence de presse, elle a déclaré que 2 millions d’Haïtiens se trouvent dans les deux niveaux les plus critiques de faim, dont 8 500 personnes en phase 5, le stade le plus extrême. Cette classification signifie que des familles entières vivent sans ressources alimentaires, dans une détresse absolue.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, les gangs armés ont gagné du terrain, contrôlant aujourd’hui une large partie de Port-au-Prince et des zones voisines. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, souvent contraintes de fuir sans rien emporter. Les stocks alimentaires s’amenuisent, les routes sont bloquées, et les marchés sont désertés.
Le PAM, qui parvenait encore cette année à nourrir 1,3 million de personnes grâce à des fonds restants, ne pourra pas poursuivre son action sans soutien rapide. Ses entrepôts d’urgence sont désormais vides, une situation inédite à l’approche de la saison des ouragans. Une seule tempête pourrait précipiter des centaines de milliers d’Haïtiens supplémentaires dans une crise alimentaire majeure.
L’aide du PAM va bien au-delà des distributions de vivres. L’organisation fournit également des repas quotidiens à près de 500 000 écoliers. Sans fonds supplémentaires, ce chiffre pourrait être réduit de moitié, compromettant la santé et l’éducation d’une génération d’enfants déjà vulnérables. Le PAM soutient aussi les familles déplacées dans des camps improvisés, où l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins est extrêmement limité.
Malgré l’urgence, la réponse internationale tarde à se mobiliser. « Haïti ne doit pas être oublié », a martelé Lola Castro. Tandis que d’autres crises retiennent l’attention mondiale, l’île des Caraïbes glisse silencieusement vers une catastrophe humanitaire évitable. Pour les humanitaires sur place, chaque jour sans aide rapproche un peu plus le pays du point de non-retour.



