Longtemps attaquée, parfois caricaturée, la directrice générale de l’Office National d’Assurance (ONA) vient d’obtenir une maîtrise en Comptabilité et Finance à Alabama State University, aux États-Unis. Au-delà d’une réussite personnelle, cet accomplissement soulève une question plus large : celle de la place du mérite dans la vie publique haïtienne.
Dans les sociétés fragiles, les réussites intellectuelles dérangent souvent davantage que les échecs politiques. Elles dérangent parce qu’elles réintroduisent dans le débat public une notion devenue inconfortable : celle du mérite.
L’annonce, ce mois-ci, de l’obtention par Lovely François d’une maîtrise en Comptabilité et Finance à Alabama State University dépasse largement le cadre d’un accomplissement académique personnel. Elle constitue également une réponse factuelle silencieuse mais redoutablement efficace à tous ceux qui, depuis des mois, avaient choisi le terrain de la rumeur et de la désinformation pour attaquer son parcours.
Car il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : certains détracteurs avaient publiquement remis en question son passage même à cet établissement, insinuant que cette trajectoire universitaire relevait davantage du récit politique que de la réalité académique. Or, les faits sont têtus. Les diplômes sérieux ne se construisent ni dans les campagnes de dénigrement ni dans les commentaires des réseaux sociaux. Ils s’obtiennent dans le silence des bibliothèques, dans la rigueur des examens, dans les nuits de travail et dans une discipline personnelle que peu acceptent réellement d’endurer.
Une question qui dépasse la personne
Réduire cette réussite à une simple réponse aux critiques serait néanmoins une erreur d’analyse. Ce qui se joue ici est plus profond. Dans une Haïti traversée par l’effondrement des repères, le départ massif des cerveaux et la banalisation de la médiocrité institutionnelle, voir une haute responsable publique poursuivre et achever une formation universitaire avancée dans un domaine aussi stratégique que la comptabilité revêt une portée presque politique.
Parce qu’en réalité, le drame haïtien n’est pas seulement économique ou sécuritaire. Il est aussi intellectuel. Depuis trop longtemps, le pays fonctionne dans une culture de l’improvisation chronique où l’apparence de pouvoir remplace la préparation, où les titres circulent plus vite que les compétences, et où l’excellence devient presque suspecte.
« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »
— Nelson Mandela
Un message pour une génération tentée par le découragement
Diriger une institution publique dans un contexte national aussi complexe que celui d’Haïti exige déjà une pression considérable. Mais poursuivre simultanément un cursus universitaire de haut niveau témoigne d’une certaine conception du leadership : celle qui considère que les responsabilités publiques ne dispensent jamais de l’effort intellectuel. Cette nuance est fondamentale.
Derrière cette réussite se cache surtout un message adressé à une génération tentée par le découragement. À ces jeunes qui doutent encore de l’utilité des études. À ceux qui pensent que les rêves deviennent impossibles en Haïti. Le parcours de Lovely François rappelle une vérité essentielle : les études restent l’un des rares instruments capables de modifier durablement un destin pas immédiatement,pas facilement, mais profondément.
Haïti n’a plus le luxe de l’amateurisme
Les grandes démocraties modernes ne se construisent pas uniquement autour de figures politiques populaires. Elles se construisent autour de femmes et d’hommes capables de comprendre les mécanismes financiers, les politiques publiques et les exigences contemporaines de gestion institutionnelle. Haïti aura besoin, dans les années à venir, de gestionnaires capables d’analyser les finances publiques, de responsables capables d’associer vision politique et compétence technique.
Aujourd’hui, au-delà des débats politiques et des querelles habituelles, cette maîtrise obtenue à Alabama State University mérite d’être regardée pour ce qu’elle représente réellement : la démonstration que le savoir reste encore une forme de résistance. Une résistance contre la médiocrité. Une résistance contre le cynisme. Une résistance contre cette dangereuse idée selon laquelle l’excellence n’aurait plus de valeur en Haïti.
Les nations meurent lorsque leurs élites cessent d’étudier. Mais elles renaîssent lorsque leur jeunesse recommence à croire dans la puissance du savoir. Dans un pays où l’on détruit souvent plus vite qu’on ne construit, il devient urgent de réapprendre à célébrer les victoires intellectuelles.
« Lorsqu’une société commence à mépriser l’intelligence, elle prépare silencieusement sa propre chute. »
Tribune publiée par Scoop-Info
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